Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

485861_10151125197174849_358575099_a.png

Les inédits de « J'étais sportif mais ça va mieux »


Oriflamme et tête de noeuds

 

Font-Romeu...centre d'entraînement en altitude pour sportif en herbe. En ce qui nous concerne, nous les internés du centre, on pourrait même parler d'herbes folles...

Oui, quand tu t'entraînes 3 fois par jour autant dire que tes loisirs se résument à des activités assez sommaires. Heureusement que les autorités du lycée avaient de temps en temps l'idée de nous divertir un peu sinon nous aurions pu commencer à nous ennuyer. A force de jouer sur un baby-foot dont les cannes ne coulissent plus et regarder une télévision captant des chaînes au gré de la volonté des tempêtes de neige, tu en arrives parfois à faire des bétises.

Ce mois-ci la détente choisie par le patron du centre est de taille. Pour nous éviter de sombrer dans les conneries, il a opté pour un must du loisir, le cadeau rêvé: une visite officielle de la ministre des sports. Oui Edwige Avice, la ministre de l'époque, va venir nous voir. Génial ! ...on ne sait pas qui est Edwige mais génial quand même.

 

Branle bas de combat chez les autorités et les coachs débouchant sur des réunions à thème pour bien briefer les trublions et les herbes folles que nous sommes. Interdiction de se rater...concentration et obéissance de rigueur pour prouver à la ministre qu'à Font-Romeu c'est du sérieux, lui monter que l'avenir de la nation en short est ici et que nous allons bientôt pouvoir envahir le monde Olympique et faire une razzia sur la chnouf.

Autant vous l'avouer tout de suite, nous aussi nous avons fait une réunion de travail. Nous avons mis en place un comité de suivi constitué par les plus grands spécialistes du dortoir 5 et des plus grands de « La Tour ». Petite précision : « La Tour » c'est l'endroit où l'on stockait les plus âges d'entre nous, donc ceux qui avaient redoublé 3 fois ou bien ceux qui étaient parvenus à passer les hivers sans crever de froid et atteindre la classe de terminale. La Tour était donc une tour...jusque là rien de révolutionnaire, elle était haute d'une douzaine d'étages et était constituée de minuscules petites chambres individuelles très pratiques car permettant de passer de ton lit à ton placard en un coup de pantoufle. Bien sûr, nous l'avions équipée d'un système de loisir très en avance sur son époque. Oui, tout en haut de cette tour, sur le toit, nous avions mis en place un solarium tout équipé pouvant rivaliser avec ceux des plus grands hôtels : matelas, stock de boissons volées dans les cuisines et même quelques bouquins pour passer le temps et s'instruire pendant la bronzette. Miss Juin de Playboy côtoyait donc avantageusement le reportage sur l'amazone dompteuse de pur-sangs de Newlook. Petite précision encore, ce petit havre de paix était totalement inconnu des autorités puisqu'il fallait bien entendu risquer sa vie pour y accéder. Quand tu dois passer par une trappe surplombant la cage de l’ascenseur et ses 12 étages, ça camoufle et ça dissuade...

Ceci dit nous nous sommes tout de même demandés si l'heure n'était pas venue de rendre public notre espace détente en proposant une visite guidée à Edwige, histoire de quémander quelques aménagements pour le rendre encore plus convivial. Mais finalement nous nous sommes rendus à l'évidence, même si Edwige Avice portait un nom de famille présupposant une histoire familiale jadis grivoise, elle n'était peut-être pas la personne la mieux placée pour l'aménagement extérieur et le bronzage intégral. Ça aurait été Dominique Strauss-Kahn je ne dis pas...on lui aurait peut-être fait visiter l'espace détente, on lui aurait certainement demandé un petit coup de main...en un coup de fil à Dodo la Saumure il aurait peut-être pu nous obtenir une ou deux playmates un peu pâlichonnes histoire qu'on les fasse un peu bronzer au grand air. Ne rêvons pas...

 

index-copie-2.jpg

 

Bref, nous sommes lundi et Edwige doit se pointer demain avec toute sa cohorte d'obséquieux fonctionnaires ministériels mielleux à souhait. Pendant ce temps là, nous les sportifs, nous nous entraînons comme si rien n'était. Les nageurs commencent leurs 20 kilomètres quotidiens, les lutteurs arrachent des poids, les gyms entament leur millième vrille et les pentathlètes partent faire leur petit footing pour aller faire le tour de la forteresse de Mont-Louis située à 15 kilomètres de là. RAS. Tout va bien.

Mardi matin...Edwige doit se pointer vers 15 heures...le stress est palpable chez les directeurs. On ne sait pas pourquoi mais ça palpe. Ça se remarque tout de suite ce genre de choses...quand les autorités font les cent pas les mains jointes dans le dos et se disent des choses insignifiantes comme s'il dévoilaient les codes de la bombe atomique c'est qu'ils sont en pleine montée d'adrénaline. Et encore je vous parle de ça alors qu'il n'était que midi...oui parce qu'à 14h soit une heure avant l'arrivée d'Edwige ça a empiré. Le stress a atteint son paroxysme. On a entendu un grand cri :

« Où sont les drapeaux, les drapeaux..... !!!??? ».

 

Ouille! Les drapeaux...oui vous savez bien, quand un ministre se pointe il y a toujours des drapeaux Français pour faire encore plus officiel. Et bien là plus un...il ne restait plus que les drapeaux Catalans...certainement un coup des indépendantistes Catalans souhaitant promouvoir la crème Catalane au détriment du flan Français. On ne sait pas, c'est possible.

La belle et longue route menant jusqu'au centre d'entraînement ne présentait donc plus que des mats avec des drapeaux Catalans dessus...une bonne quinzaine de mats au total, l'autre quinzaine supposée porter les drapeaux Français était donc totalement vide. Le choc. Un truc à remettre en cause l'ensemble de la politique de François Mitterrand en ce printemps 1982.

 

A peine une demi-heure plus tard, Edwige se pointe en avance mais sans aucun drapeau Français sur les mats. Les autorités du centre d'entraînement sont en train de se faire dans le froc en priant qu'elle n'ait rien vu. Peine perdue. C'est sans compter sur la clairvoyance et l'audace d'un fonctionnaire ministériel toujours plus prompt à démasquer l'ignominie d'une absence d’étendard qu'un clochard étendu...bref le technocrate à l'oeil aiguisé se permet immédiatement de faire la remarque au patron du centre dans un langage de circonstance :

« Cher ami, nous comptons sur vous pour faire diligence et réparer l'affront fait à madame le ministre et dû à l'absence des drapeaux nationaux sur le parcours officiel».

Petite précision pour les non amateurs de westerns et ceux qui ne parlent pas le technocrate, "faire diligence" ça veut dire se magner le train pour réparer l’ignominie. Rassurez-vous, Edwige n'est pas arrivée en Carrosse.


Pendant qu'Edwige, ses sbires technocrates et tout l'aréopage des dirlos du centre commençaient la visite, le boss de Font-Romeu nous a envoyé un technocrate à lui...donc en gros le seul sous-fifre qui restait: Fernand, le préposé au déneigement hivernal. Nous on l'aimait bien Fernand, on le taquinait souvent...d'ailleurs une fois on a même rempli son local avec la neige qu'il venait de déblayer devant le Lycée. Il vidait d'un côté et nous en remplissait de l'autre. On avait des taquins.

Bref, Fernand se pointe et nous dit dans son langage de technocrate Catalan sur verglas:

« les gars, el directours l'és pas countantss dels drapaou. Lé sait qu'sé vou ki la volé. Fo rendre els drapaou vite pour qu'ej les remet déssou les mats avants qla ministres y repartss».

Je vous épargne la traduction littérale, bref, il faut rendre les drapeaux avant que la ministre ne reparte pour que Fernand fasse fissa pour les remettre sur les mats. Pas simple.

Comme nous avions un petit faible pour Fernand et que nous ne voulions pas qu'il lui soit tenu rigueur de l’échec de sa mission, nous avons accepté: "Ok Fernand, on sait pas comment t'as fait pour deviner que c'est nous qui avons fait le coup avec deux ou trois petits Gyms qui grimpent haut et vite mais c'est bon, on se rend, tu peux aller dire au Boss et aux sbires de la ministre qu'on rend les drapeaux dans 10 minutes chrono. Pas de soucis, vas leur dire"

Fernand se pointe donc auprès du Patron du centre toujours en pleine discussion avec le technocrate ministériel qui ne le lâche pas avec les drapeaux. Fernand, la mine ravie, l'oeil pétillant se pointe devant eux et leur dit dans une joie non dissimulée :

« Patronés, dans dixche minouts els jounes ils vonts rendres els drapaous, es bones ».

Qui n'a jamais vu la tête d'une truite à l'instant où elle se fait becter par l'ours pyrénéen à l'affut ne peut pas imaginer la tête du technocrate à la fin de la phrase de Fernand. Le technocrate, qui il y a encore quelques minutes usait de son vocabulaire d'énarque pour finir d'user le reste de patience du dirlo, fait un pas de recul, un voile de peur parcourt son visage et les mots ne sortent plus de la bouche :

« qu'... qu'est-ce...je...je ne comprend pas...qu'est...qu'est ce ce que c'est... ? »

En général, un technocrate ce n'est pas ce qu'on fait de plus beau...mais quand en plus il bug c'est horrible. On a tout de suite envie de le déconnecter pour abréger ses souffrances.

 

Bref, 10 minutes plus tard donc, les indépendantistes de la crème catalane que nous sommes rendons grâce à Fernand. Dans un geste de mansuétude comme seuls les plus grands internés du Lycée Sportif de Font Romeu savent le faire, nous nous rendons dans notre espace détente tout en haut de la tour et expédions les 15 drapeaux Français avec leur tiges en contre bas dans une sorte de farandole visuellement somptueuse. Il fallait voir les tiges des drapeaux entraînant en contrebas les oriflammes flottant au vent, c'était tellement beau, on aurait dit un bouquet final de cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques. On avait des artistes chez les sportifs, c'est une évidence.

Bref, le côté créatif de la chose n'a pas réellement emballé la ministre et ses sbires, pas plus que les autorités du Centre. Pas d'applaudissements, pas d'exclamations...tout juste quelques petits : « oh la la... » lâchés par les technocrates encore vivants. Comme quoi, même les robots peuvent parfois avoir des sentiments...

 

Forcément, vous vous imaginez bien que les mesures de représailles sont elles aussi tombées. Cantonnement au Centre durant les 5 semaines suivantes, impossible d'aller faire un flipper, interdit d'aller devant le cinéma pour attendre qu'il y ait 20 personnes pour que le projectionniste veuille bien lancer le film. Dur.

Mais le plus délicat, c'est qu'il a fallu s'entraîner dans de l'eau à 23 degrés...oui à cause des trous que les drapeaux avaient fait en tombant sur la bâche de la piscine située en contre bas de la tour ! Bâche foutue...

Rassurez-vous, on a quand même pu récupérer quelques mètres carrés de la bâche...histoire de se confectionner quelques parasols et garder au frais les boissons de notre espace détente.

Nous n'y avons pas pensé à l'époque mais après coup je regrette de ne pas avoir envoyé de photo de notre nouvel aménagement. Le technocrate aurait pu constater que l'argent public n'y était pas gaspillé...et que le drapeau Français y flottait au vent !

 

Newzorro


 

Tag(s) : #"J'étais sportif mais ça va mieux"

Partager cet article

Repost 0